À la base, je voulais parler de mon statut de mère et du fait que je ne me suis jamais sentie légitime à être mère. Alors, je vais un peu parler de moi et pourquoi ne pas étendre ma pensée au nouveau rôle de maman actuel.
Pour commencer, même si vous avez l’impression que le modèle actuel est celui qui a été établi pendant des millénaires, sachez que c’est une vision limitée et incorrecte provenant de votre cerveau.
Rien n’est permanent si ce n’est le changement.
Le statut de mère a changé à chaque période de l’histoire.
Au Moyen Âge, on disait : il faut tout un village pour élever un enfant.
Pendant des millénaires, le lait en poudre, comme c’est le cas actuellement, n’existait pas. C’est une invention du 20ᵉ siècle.
Donc, quand pour des raisons X une femme n’arrivait pas à allaiter son bébé, une autre femme qui avait aussi un bébé prenait le relai.
C’était comme cela avant.
Dans le livre Sapiens, une brève histoire de l’humanité, l’auteur explique que chez Homo sapiens, les bébés qui naissaient à terme entraînaient la mort de la mère. Mais que les mères Sapiens qui accouchaient prématurément avaient la vie sauve.
Donc, le bébé Sapiens est un grand prématuré. La tribu s’occupait de l’enfant et pas seulement la mère, ce qui a permis la survie de l’espèce.
Au 19ᵉ siècle, il y avait une nourrice. En gros, pendant longtemps, tout le monde s’occupait d’un bébé ou des enfants.
C’est cela qui a disparu. Sauf dans certaines régions du monde comme en Afrique par exemple où la mère est aidée de sa mère, ses sœurs, cousines, etc.
Je suis algérienne née en Belgique. Quand j’allais en vacances en Algérie, il m’arrivait souvent de coiffer les cheveux d’une petite fille voisine de la maison de mon oncle.
Cela était tout à fait normal. On ne disait pas : regardez les cheveux en pagaille de cette enfant, sa mère est une mauvaise mère.
Jusque dans les années 80, s’occuper d’un enfant qui n’était pas le sien arrivait encore quelques fois.
Mais l’entrée dans le 20ᵉ siècle, mai 68, le mouvement des féministes et la manière dont la société a changé ont radicalement changé le statut de mère.
Il se passe que les familles monoparentales explosent alors qu’avant, un homme restait avec sa femme lorsqu’ils avaient des enfants.
Cependant, on a assisté et on assiste encore à l’heure actuelle à un radical changement de mœurs.
Il y a eu tout d’abord le divorce qui s’est établi là où pendant deux mille ans, l’Église interdisait le divorce.
Comme la religion chrétienne était un pilier fondamental de la vie personnelle et sociale, les personnes restaient ensemble même si elles ne le voulaient plus.
Puis, il y a eu deux grandes guerres mondiales et la deuxième guerre mondiale a provoqué un traumatisme mondial et surtout en Europe.
Les horreurs auxquelles ont assisté les gens qui ont vécu cette terrible guerre ont provoqué un rejet total de la religion. À commencer par la religion chrétienne.
Et donc, un rejet de la croyance selon laquelle il y avait un Dieu qui observait nos actes et qui allait nous juger après la mort.
L’athéisme est devenu très dominant. Même certains juifs ne croient plus du tout en l’idée d’un Dieu après avoir survécu dans des camps de concentration.
Cela a pas mal changé les générations d’après, car s’il n’y a plus de Dieu qui va juger nos actes, pourquoi se marier ?
Pourquoi suivre les préceptes de l’Église ?
Pourquoi rester avec la même personne jusqu’à la mort ?
Lorsque les femmes ont obtenu certains droits fondamentaux dans les années 60, comme le fait de travailler et d’avoir un compte bancaire, elles ne savaient pas qu’elles allaient avoir deux jobs : celui de mère et celui dans leur entreprise.
C’est de là qu’est apparue la charge mentale dont on parle si fréquemment aujourd’hui.
Par le passé, elles n’avaient qu’à s’occuper de la maison et des enfants. Sauf que par le passé, il y avait des habitudes disparues comme avoir une nourrice, être aidée de la famille, envoyer ses enfants dans des internats, etc.
Donc, elles obtiennent des droits que j’estime tout à fait normaux (et pour rappel il a fallu attendre les années 60 avant qu’elles ne puissent avoir le droit de vote), mais elles doivent continuer à s’occuper de la famille, des enfants, de la maison comme si elles n’étaient pas salariées.
Sans oublier que la chute des croyances religieuses après la Seconde Guerre mondiale a créé le phénomène des familles monoparentales.
En effet, si un homme ne s’engage plus devant le curé à l’église pour rester auprès de celle qui va porter ses enfants, pourquoi va-t-il rester au moment où sa petite copine du moment tombe enceinte ?
Ce n’est pas du tout une critique, c’est un constat.
C’est un changement de mœurs dû à un changement de croyance. Car ce qui différencie Homo Sapiens des autres espèces animales, ce sont les croyances.
Qu’elles soient vraies ou imaginées par le cerveau d’Homo Sapiens, il croit en des choses même s’il n’a aucune preuve de leur existence.
Je ne parle pas seulement de Dieu. Mais aussi des croyances limitantes comme être nul, même s’il n’a aucune preuve de sa nullité.
Nous avons besoin de croire en des choses, car c’est comme cela que notre cerveau Sapiens fonctionne.
Je ne sais pas si les chats ou les singes ont également besoin d’un système de croyance. Par contre, nous, de l’espèce Homo Sapiens (cela n’a pas concerné non plus toutes les autres espèces humaines qui ont existé), nous avons besoin d’un système de croyance pour vivre.
Croire en la politique, croire en des valeurs, croire en l’existence d’un principe créateur, etc.
Malheureusement pour nombre d’entre nous, changer ses croyances est extrêmement difficile.
J’explique cela, car la croyance d’être une bonne mère a beaucoup changé avec le temps.
Et aujourd’hui, la société occidentale croit en l’idée que quand on est mère, on doit tout faire toute seule pour être qualifiée de bonne mère.
Cette idée a germé quand les femmes ont enfin eu la possibilité d’avoir un moyen de contraception. Donc, on estime que si un couple ou une femme a un enfant, l’enfant a été décidé et choisi.
Cependant, même si on peut se prémunir d’une grossesse non désirée, de nombreuses femmes n’ont pas toujours cette possibilité, même à l’heure actuelle.
Parfois, la pilule ne fonctionne pas, car sous-dosée ou par manque de suivi médical.
Il arrive que même avec un moyen de contraception, il puisse y avoir des accidents.
Là, je vais en revenir à mon expérience personnelle.
Je suis tombée enceinte par accident et je n’ai pas voulu avorter alors que je savais que le père de mon fils n’en voulait pas. Encore moins ma famille.
Cependant, j’ai choisi de garder mon bébé par pur amour.
J’avais déjà fait deux avortements par le passé (sur 10 ans, pas sur 6 mois) et cela a été extrêmement douloureux pour moi.
J’avais même écrit un texte quand j’ai avorté la première fois, car on m’a sorti : tu fais le bon choix d’avorter, car l’âme de ton bébé ira chez une bonne mère.
Dès le départ, on m’a qualifiée de mauvaise mère alors que je ne suis pas allée au terme de ma grossesse.
Puis, j’ai décidé pour moi, pour mon fils, et je n’ai pas commis la même erreur qu’à mes 25 ans : avorter pour rester avec l’homme que j’aimais parce qu’il ne voulait pas de l’enfant.
De toute manière, il m’a jeté à la rue quelques temps plus tard.
Je me suis dit : on ne divorce pas de son enfant.
Cependant, j’ai eu une grossesse très difficile avec de nombreuses hospitalisations et la dernière avait duré du 7ᵉ mois de grossesse jusqu’à l’accouchement.
C’est pour cela que je considère mon fils comme un miraculé. Il aurait dû mourir mille fois dans mon corps. Mais lui, comme moi, nous nous sommes battus durant ma grossesse.
Étant dans une situation très problématique (troubles de l’humeur et dépendance à la cocaïne), j’ai fait le choix de le placer, car je n’avais aucune autre solution à sa naissance pour le protéger des maux qui me rongent.
J’ai pensé à toutes les solutions. Sauf qu’aujourd’hui, une femme et surtout une mère est plus seule que jamais.
Si par le passé, tout le monde s’occupait naturellement de l’enfant, ce n’est plus le cas aujourd’hui.
Lorsqu’il était à la pouponnière, je faisais des dépressions nerveuses et j’avais fréquemment des rechutes dans la drogue.
Mon statut de mère n’était pas au centre du débat vu que j’allais très mal.
Puis, j’ai réussi à me relever et à arrêter lorsqu’il a intégré son centre de placement actuel.
C’est là que j’ai été confronté au fait que QUOI QUE JE FASSE, JE SUIS UNE MAUVAISE MÈRE.
Je l’écris en grand, car je ne pense pas du tout être la seule à subir ce jugement.
La couche du bébé est sale ? La mère est une mauvaise mère.
L’enfant a des difficultés à apprendre à lire et à écrire ? La mère est une mauvaise mère.
L’enfant fait des bêtises ? La mère est une mauvaise mère.
La mère se repose un peu dans sa chambre ? Quelle mauvaise mère qui ne s’occupe pas de son enfant.
Pour rappel, bébé Sapiens est un très grand prématuré et notre espèce a pu survivre parce que justement, toute la tribu du temps de la préhistoire et longtemps après dans les villages, tout le monde s’occupait des enfants.
Il y a eu des changements de mœurs à la suite des bouleversements qui ont eu lieu au début du 20ᵉ siècle ainsi que des changements de croyance dans le cerveau d’Homo Sapiens qui ont redéfini un nouveau statut pour les mères.
Aujourd’hui, les femmes doivent tout porter sur leurs épaules.
Je disais à quelqu’un que c’est comme avoir un grand bâtiment avec un seul mur porteur. Il ne tiendra pas.
Pour qu’un bâtiment ou une maison puisse tenir debout et dans le temps, il faut plusieurs murs porteurs.
C’est pareil pour la famille et la société.
Sans oublier qu’avec la télévision et puis Internet, les croyances propres à Homo Sapiens se déplacent à la vitesse de la lumière et partout sur Terre.
Est apparue l’idée de l’épouse idéale dans les années 60, qui a débouché par la suite à la mère parfaite actuellement.
Je pourrais vous raconter des tas d’anecdotes où j’ai été jugée de mauvaise mère par le centre de placement de mon fils.
Je vais vous en raconter une seule.
Un jour, mon fils vient chez moi toute la journée (donc de 10 h à 20 h), mais ce jour-là, j’étais particulièrement fatiguée.
Je me suis occupée de lui comme je pouvais tout en me reposant quand je pouvais dans ma chambre. C’est-à-dire à des moments où il n’avait pas besoin de moi.
Il avait 9 ans au moment où cela se passait.
Donc, je n’avais pas non plus besoin de le surveiller comme un bébé.
Sauf que quelques temps plus tard, je reçois des mails et des coups de téléphone de deux intervenants qui m’ont dit que, comme je me reposais lors des visites, on allait alors diminuer grandement le temps de visite… et je savais qu’aller dans cette pente allait de nouveau me conduire à perdre tout contact avec mon enfant.
Je ne comprenais pas, car on voulait m’interdire de voir mon fils juste parce que je me suis reposée ?
Je tente de me défendre du mieux que je peux.
Pour rappel, je ne me suis pas droguée devant mon enfant. Je ne l’ai pas laissé sans rien ou ignoré. Je ne l’ai pas laissée seule à la maison pour me bourrer au bar du coin.
Je répondais à ses besoins, mais je tentais aussi de me reposer. Et cela m’est arrivé une fois sur 3 ans de visite que je me repose comme cela.
Puis, alors que je le ramenais à son centre, une éducatrice demande à mon fils combien de temps il m’a fallu pour assembler son lit mezzanine qui a aussi une armoire et un bureau.
Il répond : une heure et demie.
Moi : Mais non, Bilal, il m’a fallu sept heures et on a dû le faire en deux jours.
Là, l’éducatrice me regarde et dit : ll n’a pas notion du temps.
Après avoir parlé avec elle, je réalise que les intervenants qui me harcelaient jusqu’à ce que j’abandonne ont simplement cru que je me reposais toute la journée parce que mon fils leur avait donné une information incorrecte.
Ils avaient oublié qu’il est encore un enfant et que son cerveau n’atteindra sa pleine maturité qu’à 24 ans.
Ils m’ont automatiquement qualifiée de mauvaise mère au lieu d’entendre ma version des faits.
Si je parle de cela, c’est pour expliquer à quel point cette idée devenue croyance dans le cerveau d’Homo Sapiens d’être une mère parfaite est comme un virus qui décime les relations familiales.
Sans oublier la pression insupportable que subissent les femmes : non seulement elles portent tout sur leurs petites épaules, mais en plus, quoi qu’elles fassent en tant que mères, ce n’est jamais suffisant.
Je pense que les femmes étaient confrontées à d’autres problèmes dans les autres époques.
Aujourd’hui, être mère au 21ᵉ, c’est avoir un tableau parfait que l’on ne pourra jamais reproduire soi-même.
Car ce beau tableau n’est pas le reflet de la réalité.
Mais issu des croyances parfois erronées du cerveau d’Homo Sapiens.

