Que dire de plus que mes émotions ?

Que dire de cet état de plénitude qu’un instant de création qui se manifeste dans un présent toujours renouvelé ?

Je me sens revigorée. Même si mon corps est fatigué.

Je sens mon cœur apaisé malgré mon esprit mouvementé.

Je suis allée au centre d’activités aujourd’hui. Un centre où je commence juste à me présenter.

Un nouvel endroit et j’espère que les démons du passé resteront dans leurs tanières.

Pour que je puisse savourer la lumière de ce nouveau soleil levant dans ma vie.

Un nouvel état.

Un nouveau mouvement.

Une nouvelle lumière après que je sois sortie des ténèbres.

J’étais en avance pour l’atelier chant. Je prends plaisir à discuter avec des gens.

Puis, je décide d’aller un peu plus tôt dans la salle, car l’heure de l’atelier chant approchait.

Je savais qu’il y avait un atelier musique juste avant le chant.

Il y avait un homme, un éducateur, qui apprenait de la basse à un jeune homme.

Ce dernier m’interpellait par l’énergie vivante qu’il dégageait.

Les autres membres du groupe restaient silencieux.

Je m’assieds.

Lorsque l’éducateur me demande si je venais pour l’atelier chant, je réponds par l’affirmative.

Il m’informe que l’atelier musique déborde toujours, un peu et me souhaite la bienvenue.

Il donne des explications techniques sur les mesures, le tempo pour savoir jouer les notes.

Alors que j’écoute sagement, je suis prise par ce jeune qui apprend la basse.

Je l’entends dire qu’il sait jouer de la guitare parce qu’il fait partie d’un groupe de hard rock.

Voici un premier point en commun : l’amour du hard rock.

Au moment où tout le groupe devait jouer ensemble sur quatre notes, l’éducateur me donne un petit clavier et le branche.

Un orgue précisément.

Il me montre les touches à jouer et je m’exclame :

__ Ah ! Ce sont les dièses !

__ Tu connais les dièses ?

__ Oui, les dièses et les bémols. Je peux voir sur quelle octave je dois jouer ?

Je ne m’y connais pas vraiment en musique.

Cependant, mon frère jouait de la guitare et je l’écoutais adolescente.

J’aurais pu rajouter quelque chose qui flatte mon égo depuis que je le sais : j’ai l’oreille absolue.

Je ne dis rien.

Je ne veux pas laisser la place à la comparaison ou encore à la flatterie.

Je voudrais justement voir ce que je ne connais pas pour apprendre davantage.

Je mémorise les touches et il nous explique que jouer ensemble, c’est comme prendre le train.

Je comprends que je dois laisser la première personne jouer les quatre accords exercés avant de me rajouter à la musique.

Chacun allait entrer dans cette chanson avec son propre instrument.

Il se passe déjà quelque chose : je me sens emportée et unie.

Unie avec des personnes que je ne connaissais pas.

La musique nous rassemblait.

Un train musical.

Un moment où je ne suis plus seule.

Entourée d’inconnus à partager pourtant les mêmes notes.

La même mélodie et peut-être le même cœur.

Puis, la pause se présente.

Je sors fumer une cigarette.

Repensant à mes recherches précédentes sur l’art de chanter, je demande à l’éducateur comment on arrive à chanter avec le twang.

Il me répond qu’il n’est pas très bon chanteur, mais que le but de l’activité est de s’amuser.

Pas spécialement d’étudier l’art du chant et de la musique.

Soudain, j’entends ce jeune qui apprenait la basse jouer et chanter avec une guitare.

Cigarette éteinte, je rentre pour découvrir un artiste au sens propre du terme.

Il chantait de manière assez brillante une chanson en anglais qu’il avait lui-même composé.

C’est alors qu’un torrent de frissons et d’émotions ont envahi mon cœur.

Ainsi que mon corps.

Je me suis assise, j’entendais les quatre accords qu’il jouait et je fredonnais les chœurs pour l’accompagner. Simplement sur les notes que mon oreille absolue, et donc utile cette fois-ci, reconnaissait.

Il n’était plus question d’apprendre ou de briller.

Mais, de vivre quelque chose que seules les émotions peuvent expliquer.

Un homme jouait les notes, que je fredonnais, sur un clavier.

Tout le monde était emporté.

Moi pour commencer.

Lorsque la musique prit fin, nous l’avons tous applaudi.

Jouer de la guitare et chanter avec son cœur en même temps… je voyais un joyau à ce moment-là.

Il expliqua qu’il avait écrit cette chanson pour son ex-compagne.

Je comprenais d’où venait une si forte émotion.

Si forte qu’elle m’avait emportée dans des contrées à la fois connues mais nouvelles.

Alors, nous avons repris l’atelier en continuant sur le chant.

Un homme plus âgé que l’assemblée entra. Il s’installa à côté de moi.

Je ne le connaissais pas, mais de manière innée, je lui montrais les paroles de la chanson Zombie des Cranberries.

Pour la chanter ensemble pendant que l’éducateur avait repris la basse et le jeune talentueux artiste la guitare.

Tout le monde chantait cette belle mélodie qui avait bercé toute mon adolescence.

Et, je repensais aux conseils du début de l’atelier : imaginer que la musique est un train et y monter progressivement.

J’ai oublié la théorie et mes questions pratiques.

Après tout, je ne suis peut-être pas là-bas pour apprendre consciencieusement la musique.

Peut-être que j’y suis pour voyager.

Il n’y a pas de destination finale à atteindre.

Ou peut-être que oui.

Je ne sais pas.

Ce que je sais, c’est que je suis heureuse d’entreprendre ce nouveau voyage.

Lorsque le soleil renaît dans ma vie.

D’y découvrir des personnes, des émotions, des sensations… d’y découvrir un cœur qui bat à l’unisson.

Au moment où la musique battait son plein.

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